Medec ou bonboc? Bonbec ou médoc?

bonbons

L’été fut riche en agitation dans les pharmacies.

Déjà ébouriffées par la tempête d’une clause de conscience mal à propos et d’un Ordre qui n’ayant pas mesuré la portée de son inconséquence réveilla Pandore en pleine torpeur estivale, les voilà en plus «ébranlées» par un autre «scandale» qui fit les choux gras de la presse généraliste et pseudo-spécialisée, toujours avide de médicament et de pharma-bashing.

Le lièvre était levé.

La chasseresse, une ancienne ministre, Michèle Delaunay, s’horrifiait et prenait ministres, patients, journalistes, confiseurs à témoins.

Les laboratoires pharmaceutiques voulaient nous faire avaler des médicaments comme des bonbecs, à grands renforts d’arômes plus aguichants et affriolants les uns que les autres.

On en passait, avec force réclame, par le vanille fraise, l’arôme punch antillais, jusqu’au capuccino… what else.

Fallait-il crier haro sur le bonbon?

Sans aucun doute, mais sans trop cracher sur l’arôme.

Je vais vous expliquer.

On peut dans un premier temps s’étonner de la floraison subite de ces gammes super aromatisées axées essentiellement sur le paracétamol OTC (other the counter) ou plutôt ce que nous appelons en vraie langue de Molière, paracétamol «conseil» donc non remboursé et avec un taux de TVA frisant l’usure passant de 2.10 à 10% en l’absence de remboursement…

D’autant que le paracétamol, soit dit en passant grand pourvoyeur d’intoxications médicamenteuses à tel point que nos amis suédois un moment engagés dans sa vente au bistrot du coin ont fait machine arrière, se décline déjà (remboursable ou non), sous une panoplie de dosages et de formes tout à fait suffisante pour permettre la prescription sereine du médecin ou le conseil du pharmacien.

Là où l’on rejoint l’ex-ministre sans problème sur cette mise en avant de l’arôme, assurant d’allier l’agréable à l’utile, c’est qu’il s’agit à l’évidence d’un coup marketing dont les laboratoires ont le secret: faire du neuf avec du vieux en l’enrobant fort à propos.

Et je ne vous parle même pas de l’entourloupe des fameuses marques ombrelles leur permettant de vendre sous le statut de dispositifs médicaux, échappant à la législation du médicament et au moins partiellement au monopole et au conseil du pharmacien,  on ne sait quelle poudre de perlimpinpin sous le nom d’un vrai médicament (agrémenté d’un adjectif aussi hypocrite que foireux) ayant fait ses preuves, et d’accéder au marché juteux de la parapharmacie à gogos et pour gogos.

Mettre en avant la douceur de la vanille alliée à la fraise ou l’extase provoquée par le capuccino de George Clooney plutôt que le médical pur et dur se trouve d’office suspect.

Quel objectif dans tout cela?

Améliorer l’observance? Doutons-en sincèrement!

Attirer le patient, considéré comme simple consommateur, par l’odeur alléché? A l’évidence.

Combler la frustration, sonnante et trébuchante, des laboratoires, causée par le refus du Gouvernement de voir les grandes surfaces se jeter sur les médicaments comme la misère sur le monde, sans intérêt financier aucun, bien entendu? Qui sait?

Quelles solutions me direz-vous?

Les médicaments de prescription facultative et non remboursés peuvent faire légalement l’objet de publicité, à condition d’obtenir un «visa grand public».

Un encadrement plus strict des assertions publicitaires serait sans doute souhaitable, en ramenant l’arôme à sa juste place, dans la liste des composants sur la notice!

Interdire la publicité purement et simplement pour tout médicament quel qu’il soit?

Interdire purement et simplement le procédé trompeur des marques ombrelles? On nous a promis des mesures… autant aller à la chasse au dahu!

Et pour tous les procédés charlatanesques divers et variés, masqués derrière le statut fort commode de « dispositifs médicaux », également? De ceux qui vous rendent vos jambes de 20 ans sans bouger de votre canapé en faisant frétiller votre voûte plantaire, à ceux qui vous sculptent le corps sans effort en vous empiffrant d’éclairs capuccino devant A,G, & B ?

N’ y comptez pas!

L’Etat, soi-disant garant de la santé publique, y trouve son compte…. financièrement.

Une auto-médication déraisonnée, voire déraisonnable, non remboursable, promue même par des moyens douteux lui assure des rentrées de TVA de 10% au lieu de 2.10% tout en allégeant, quoi que…, les dépenses de l’assurance maladie.

A défaut d’interdire toute publicité, fixer des limites au raisonnable et au ridicule serait de bonne politique, non?

Interdire les arômes?

Non, et surtout pas en pédiatrie.

Certes un médicament n’est pas fait pour «être bon», mais pour soigner. Et il n’a sans aucun doute pas à être «attractif».

Mais tous les parents vous le diront, un médicament infect est un médicament qui n’est pas pris et un traitement qui n’est pas suivi avec retour presque assuré à la case départ, et sans toucher 20000 francs…

Mais un médicament «trop bon» serait la tentation assurée… et on retrouverait le dernier mouflet de la famille en train de siroter l’antitussif au caramel ou de sucer les pastilles au citron comme des berlingots.

C’est arrivé, mais les médicaments ont-ils vocation à rester à la portée des enfants?… Non! les poisons on les enferme loin des mains baladeuses et des becs à sucre!

Que faire alors?

Revenir aux fondamentaux.

Un médicament n’est pas un produit comme les autres, adulte ou enfant, il se prend par nécessité, prescrit par son médecin ou conseillé par son pharmacien, pas parce-qu’un spot télévisé ou un article sur internet en aura vanté le goût ou les mérites réels ou imaginaires.

Je vous entends d’ici faire les louanges de notre ex-ministre, si empressée à sauvegarder la santé publique, si méritante d’avoir déclenché le bad-buzz contre les honteuses pratiques de big-pharma.

On aurait espéré qu’en d’autres temps elle n’ait pas déclenché un autre buzz en appelant de ses vœux, à titre de compensation de leurs pertes de revenus liées à la lutte contre le tabagisme, la mise à disposition, en vente libre chez des professionnels hautement qualifiés en pharmacologie,…. les buralistes, entre les clopes, les chewing-gums, les revues pornos et les tickets de morbac à gratter, de médicaments qu’elle qualifiait «de base» comme l’aspirine…. remplaçant l’addiction par la iatrogénie à outrance.

delaunay

Fine analyse et haute considération pour les spécialistes du médicament.

Emotion et politique de santé publique à très haute géométrie variable….

Surfer sur la polémique pour se faire mousser c’est facile, mais encore faut-il avoir les secrets d’une effervescence réussie.

Les larmes ça fait désordre, mieux vaut en rire, autour d’un bon capuccino ou d’une bonne glace vanille-fraise!

 

@DocPhilou

 

 

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